V
Alfred Lee disait :
« Ainsi, monsieur Poirot, vous acceptez ma proposition ? »
Sa main tremblait, ses yeux marron brillaient de fièvre, et il bégayait légèrement. Lydia se tenait, silencieuse, à son côté et le couvait d'un œil anxieux.
« Vous ne savez pas… vous ne pouvez imaginer… ce… que… ce que cela signifie pour moi… Il f…aut absolument dé…é…é…couvrir le meurtrier de mon père.
— Du moment que vous m'assurez y avoir longuement réfléchi, eh bien, j'accepte. Mais, Mr. Lee, il ne faudra pas revenir sur votre demande. Je ne suis pas un chien qu'on lance sur une piste et qu'on rappelle parce que le gibier ne plaît pas !
— Évidemment… Tout est prêt. On a préparé votre chambre. Demeurez ici aussi longtemps que vous voudrez… »
Gravement, le détective répondit : « Ce ne sera pas long.
— Comment ? Que dites-vous ?
— Je dis que ce ne sera pas long. Le cercle des gens susceptibles d'être suspectés de ce crime est si restreint qu'on doit arriver vite à la vérité. Je crois déjà approcher du but. »
Alfred le dévisagea.
« Impossible !
— Pas du tout ! Les faits se précisent dans une direction. Encore quelques détails à vérifier et la vérité éclatera ! »
Incrédule, Alfred lui demanda :
« Connaîtriez-vous l'assassin ?
— Oh ! oui, je le connais, fit Poirot en souriant.
— Mon père… mon père, soupira Alfred.
— Mr. Lee, lui dit alors Poirot, je voudrais vous présenter deux requêtes. »
D'une voix étouffée, Alfred répondit :
« Tout ce que vous voudrez, monsieur Poirot… Je vous écoute.
— D'abord je désire avoir le portrait de Mr. Lee jeune homme placé dans la chambre que vous avez la bonté de me réserver. »
Alfred et Lydia regardèrent le détective.
Le premier dit :
« Le portrait de mon père… Pourquoi ? »
Poirot fit un geste vague de la main.
« Cela… comment dirais-je… cela m'inspirera. »
D'un ton brusque, Lydia lui demanda :
« Avez-vous l'intention de découvrir le criminel par la seconde vue ?
— Disons, madame, que j'emploierai non seulement les yeux du corps, mais aussi ceux de l'âme. »
Elle haussa les épaules.
Poirot reprit :
« Ensuite, Mr. Lee, je vous prie de me faire connaître les circonstances de la mort de votre beau-frère, Juan Estravados.
— Est-ce bien nécessaire ? fit Lydia.
— Oui, madame.
— Eh bien, dit Alfred, Juan Estravados, après une querelle au sujet d'une femme, tua un homme dans un café.
— Comment l'a-t-il tué ? »
Alfred jeta un regard pitoyable vers sa femme.
Lydia raconta d'une voix calme :
« Il l'a poignardé. Juan Estravados ne fut pas condamné à mort, car il y avait eu provocation, mais il alla en prison et y mourut.
— Sa fille est-elle au courant de son histoire ?
— Je ne crois pas. »
Alfred intervint.
« Non, Jennifer ne lui a jamais rien appris concernant la mort de son père.
— Merci. »
Lydia dit au détective :
« Vous ne soupçonnez pas notre nièce… Oh ! ce serait absurde ! »
Poirot demanda encore :
« Mr. Lee, voulez-vous maintenant me parler de votre frère Mr. Harry Lee ?
— Que désirez-vous savoir ?
— J'ai cru comprendre qu'il faisait le déshonneur de la famille. Comment cela ?
— Il y a longtemps… », intervint Lydia.
La couleur lui montant au visage, Alfred déclara :
« Si vous voulez le savoir, monsieur Poirot, voici : Harry a volé une forte somme d'argent en imitant la signature de mon père sur un chèque. Naturellement, père n'a pas porté plainte. Harry a toujours été un filou. Il a eu des histoires dans tous les coins du monde. Il ne cessait de câbler pour demander de l'argent, afin de se tirer d'un mauvais pas. Il a connu les prisons de tous les pays.
— Voyons, lui dit sa femme, tu parles de choses que tu ignores. »
Furieux et les mains tremblantes, Alfred déclara :
« Harry ne vaut rien… C'est un gibier de potence !
— À ce que je vois, vous ne vous aimez guère l'un l'autre, dit Poirot.
— Ce garçon a fait souffrir mon père… de façon honteuse ! » murmura Alfred.
Lydia soupira… Poirot lui lança un coup d'œil interrogateur.
Elle dit alors :
« Si seulement on pouvait retrouver ces diamants, l'énigme serait résolue.
— On les a retrouvés, madame, lui dit Poirot.
— Comment ?
— On les a trouvés dans votre petit jardin de la mer Morte… », expliqua doucement le détective.
Lydia s'écria :
« Dans mon jardin ? Voilà… voilà qui est extraordinaire !
— N'est-ce pas, madame ? » dit Poirot.